31 mai 2026

Africa Solidaire

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Burkina Faso : le capitaine ibrahim traoré rejette la démocratie pour son pays

Burkina Faso : le capitaine Ibrahim Traoré déclare que la démocratie n’est « pas pour nous »

Au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête de la junte militaire depuis septembre 2022, a récemment affirmé que le peuple burkinabè devait « oublier » le concept de démocratie. Ces déclarations, formulées lors d’un entretien télévisé diffusé sur la RTB (radiotélévision nationale), marquent une rupture nette avec les aspirations démocratiques du pays.

Un coup d’État qui a redéfini le pouvoir au Burkina Faso

Ibrahim Traoré est arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en septembre 2022, succédant à un premier putsch en janvier de la même année. Ce double renversement en moins d’un an a plongé le pays dans une transition politique initialement prévue pour s’achever en juillet 2024 avec des élections. Pourtant, la junte au pouvoir a adopté une charte lui permettant de prolonger son mandat de cinq années supplémentaires, repoussant ainsi tout scrutin.

Cette charte autorise également Ibrahim Traoré à se présenter aux futures élections, qu’elles soient présidentielles, législatives ou municipales, prévues après cette période transitoire. Une décision qui soulève des interrogations sur la volonté réelle de retour à un régime civil.

« La démocratie n’est pas pour nous » : les propos controversés du chef de la junte

Lors d’une interview de plus de deux heures, le capitaine Traoré a réitéré son rejet de la démocratie, déclarant sans ambiguïté : « Il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie c’est pas pour nous ». Il avait déjà tenu des propos similaires en 2023, affirmant que le Burkina Faso n’était « pas une démocratie ».

Cette position s’inscrit dans un contexte où la junte a pris des mesures radicales : dissolution de la Commission électorale nationale indépendante en octobre 2025, interdiction des partis politiques en février 2026, et suspension de nombreux médias internationaux perçus comme hostiles à son régime.

Une transition politique détournée par la junte

Initialement, la transition devait permettre au Burkina Faso de retrouver un régime civil après les putschs de 2022. Cependant, la charte adoptée par la junte a redéfini les règles du jeu politique, offrant au capitaine Traoré un cadre légal pour rester au pouvoir jusqu’en 2029, voire pour se maintenir ensuite via des élections.

Cette stratégie soulève des questions sur la viabilité d’un retour à la démocratie dans un pays où les institutions démocratiques sont progressivement démantelées. Les partis politiques, bien que suspendus, sont désormais dans l’attente d’un éventuel retour, tandis que les médias indépendants subissent des restrictions croissantes.

Un régime en tension avec les partenaires internationaux

Depuis son arrivée au pouvoir, Ibrahim Traoré a adopté une posture anti-occidentale, notamment vis-à-vis de la France, tout en se rapprochant de la Russie. Le pays bénéficie d’un soutien logistique russe, avec des équipements militaires fournis sans intervention directe sur le terrain. Traoré a précisé que « personne ne forme l’armée burkinabè » et que « sur le terrain, ce sont les soldats burkinabè qui se battent ».

Les défis sécuritaires et les accusations de violations des droits humains

Le Burkina Faso fait face depuis près de dix ans à une insécurité croissante due aux groupes jihadistes, entraînant des milliers de morts. L’armée burkinabè et ses alliés, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sont accusés par des ONG d’exactions contre des civils. Ibrahim Traoré a rejeté ces accusations, affirmant qu’« il n’y a pas de preuves » de ces violations.

Par ailleurs, le chef de la junte a évoqué le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, accusé de corruption et de tentative de putsch. Arrêté au Togo, Damiba a été extradé au Burkina Faso où il est désormais sous le coup de la justice.

Que réserve l’avenir politique du Burkina Faso ?

Avec une junte déterminée à maintenir son emprise sur le pouvoir et un rejet affiché de la démocratie, le Burkina Faso semble s’engager dans une voie de plus en plus autoritaire. Les cinq prochaines années seront cruciales pour observer si le capitaine Traoré respectera – ou non – ses engagements électoraux, ou s’il prolongera son mandat au-delà de 2029.

Dans un contexte régional marqué par des transitions politiques instables, cette situation interroge sur l’avenir de la solidarité africaine et des principes démocratiques en Afrique de l’Ouest.

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