Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : les camps en guerre contre les civils
Crimes contre l’humanité au Burkina Faso : les camps en guerre contre les civils
Une crise humanitaire aux proportions alarmantes
Depuis 2023, le Burkina Faso est plongé dans une spirale de violences d’une violence inouïe. L’armée burkinabè, ses milices alliées, ainsi qu’un groupe armé lié à Al-Qaïda, ont été responsables de la mort de plus de 1 800 civils. Parallèlement, des dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer, victimes de déplacements forcés. Ces exactions, qui incluent des actes de nettoyage ethnique ciblant spécifiquement les communautés peules, s’apparentent à des crimes de guerre et à des crimes contre l’humanité.
Une junte militaire complice des atrocités
La junte au pouvoir au Burkina Faso, dirigée par le président Ibrahim Traoré, ne se contente pas de rester passive face à ces violations graves. Elle participe activement à ces crimes en étouffant toute information susceptible de révéler la réalité des souffrances endurées par les civils. Aucune mesure n’est prise pour traduire en justice les responsables des exactions commises par les différents camps, renforçant ainsi l’impunité qui règne dans le pays.
Les forces de sécurité et leurs alliés : une répression aveugle
Les forces militaires burkinabè, soutenues par des milices locales comme les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), ont multiplié les exactions. En décembre 2023, lors d’une opération nommée « Tchéfari 2 » dans la région de Djibo, plus de 400 civils ont été massacrés. Une survivante de 35 ans témoigne : « Les miliciens ont ouvert le feu sans discernement. Mes deux filles sont mortes sur le coup. » Son fils de 9 mois a été grièvement blessé, tandis qu’un milicien aurait ordonné : « Assurez-vous que personne ne respire avant de sortir. »
Les groupes armés islamistes : une violence méthodique
Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, est également responsable d’atrocités. En août 2024, à Barsalogho, ce groupe a tué au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, accusant toute la communauté de soutenir les VDP. Un survivant de 39 ans raconte : « Les combattants du GSIM ont tiré en continu, comme s’ils avaient des quantités illimitées de munitions. Les gens tombaient comme des mouches. Ils sont venus nous exterminer, sans épargner personne. »
Une impunité généralisée et des responsabilités floues
Human Rights Watch a documenté 57 incidents impliquant les forces militaires, les milices et le GSIM depuis septembre 2022. Les victimes et leurs familles n’ont aucune confiance dans les institutions judiciaires locales, souvent incapables ou réticentes à enquêter. Les autorités, quant à elles, minimisent ou nient systématiquement les allégations d’abus, notamment celles concernant les forces militaires et les milices.
Les chercheurs de l’organisation ont mené des entretiens avec plus de 450 personnes au Burkina Faso, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Mali. Ils ont également analysé des images satellites, des heures d’enregistrements audiovisuels et des documents officiels pour confirmer les incidents et identifier les commandants impliqués.
Les commandants sous le feu des enquêtes
Human Rights Watch a identifié plusieurs hauts responsables qui pourraient être tenus pour responsables de ces crimes au titre de la responsabilité de commandement. Parmi eux figurent le président Ibrahim Traoré, commandant suprême des forces armées, ainsi que six commandants militaires burkinabè. Côté GSIM, Iyad Ag Ghaly, dirigeant suprême du groupe, est déjà recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes présumés au Mali. Quatre de ses commandants au Burkina Faso pourraient également être mis en cause.
Des crimes contre l’humanité reconnus
Toutes les parties belligérantes au Burkina Faso sont responsables de crimes de guerre : homicides intentionnels, attaques contre des civils, pillages, saccages et déplacements forcés. Ces actes, commis contre une population civile, constituent également des crimes contre l’humanité. Le GSIM a, en outre, imposé des sièges prolongés à des dizaines de villes et villages, provoquant famines et maladies en bloquant l’accès aux biens essentiels et aux soins.
Appel à la communauté internationale
Face à cette crise, Human Rights Watch exhorte les organismes régionaux et les gouvernements partenaires à agir. L’Union africaine, l’Union européenne, les Nations Unies et les États-Unis doivent collaborer avec les autorités burkinabè pour mettre fin aux cycles d’abus et d’impunité. Des sanctions ciblées contre les commandants responsables d’exactions doivent être envisagées. Le Bureau du Procureur de la CPI est également appelé à ouvrir un examen préliminaire sur les crimes présumés perpétrés depuis septembre 2022.
« Le monde doit enfin reconnaître l’ampleur des atrocités au Burkina Faso pour y mettre un terme », déclare Philippe Bolopion, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Les partenaires internationaux doivent inciter les autorités à agir contre toutes les parties et à établir les responsabilités. »
- L’armée burkinabè et ses milices alliées (VDP) ont tué plus de 1 800 civils et déplacé des dizaines de milliers de personnes depuis 2023.
- La junte limite la diffusion d’informations et n’engage aucune action judiciaire contre les responsables des exactions.
- Le GSIM, lié à Al-Qaïda, a également commis des crimes de guerre, notamment des massacres ciblant des civils peuls.
- Les victimes et leurs familles n’ont aucun accès à la justice, et l’impunité est quasi totale.
- Les organismes internationaux sont appelés à sanctionner les commandants responsables et à soutenir des enquêtes indépendantes.