31 mai 2026

Africa Solidaire

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Burkina Faso : le capitaine traoré et la réalité sombre des droits humains

À la tête du Burkina Faso suite à un coup d’État, le capitaine Ibrahim Traoré, âgé de 36 ans, s’est installé au palais de Koulouba après avoir aboli les processus électoraux. Cette prise de pouvoir, contournant la voie démocratique, semble faciliter un discours officiel déconnecté des réalités. Lors d’un entretien de deux heures avec six journalistes, le dirigeant a dressé un tableau idyllique de la situation nationale. Il a mis en avant une armée en pleine reconquête territoriale, une économie florissante avec une industrie en plein essor et une production d’or record, ainsi que des infrastructures en développement, comme de nouvelles autoroutes. Selon ses dires, les citoyens burkinabè jouiraient d’une liberté sans précédent, un récit qui, pour être complet, n’aurait manqué que d’une bande sonore triomphante et d’un drapeau flottant au vent.

Le rapport accablant de Human Rights Watch

Cependant, ce discours optimiste contraste fortement avec un rapport détaillé de 351 pages publié par Human Rights Watch (HRW), intitulé « Personne ne pourra s’échapper ». Ce document, fruit de témoignages, d’analyses d’images satellites et de listes de victimes, révèle un bilan tragique : 1 837 civils auraient été tués en l’espace de deux ans et demi. Les responsabilités sont partagées entre l’armée burkinabè, les milices de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) et les groupes djihadistes du GSIM. Fait particulièrement troublant, le rapport souligne que les forces financées par l’État sont impliquées dans des exécutions systématiques, souvent appuyées par des drones et exécutées sur ordre.

Les conclusions de HRW sont édifiantes, documentant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Le rapport met en lumière un ciblage ethnique alarmant de la communauté peule. Des atrocités spécifiques sont détaillées, comme les exécutions sommaires de 223 civils, dont 56 enfants, à Nondin en février 2024. Des centaines de vies ont également été perdues à Baraboulé en décembre 2023, et 130 membres de la communauté peule ont été massacrés près de Solenzo en mars 2025. L’existence de fosses communes, corroborée par des témoignages de survivants et des preuves satellites, brosse un tableau macabre. Face à ces allégations, la junte tend à les écarter comme de potentielles machinations occidentales.

Des « victoires » militaires aux lourdes conséquences civiles

Paradoxalement, le capitaine Traoré évoque avec fierté la « reconquête » de villes telles que Baraboulé et Pétouli, des localités précisément citées dans le rapport de HRW. L’organisation y documente l’Opération Tchéfari 2, signifiant « Le miel des guerriers » en fulfuldé. Sous ce nom poétique se cache une réalité brutale : l’armée aurait tué des centaines de civils dans 16 villages. Tandis que la télévision d’État qualifiait ces actions de « succès », les survivants les décrivent comme un véritable carnage, illustrant une divergence flagrante de perception. Le dirigeant burkinabè a tenté d’expliquer ces massacres en les attribuant à des « terroristes déguisés en soldats » qui se filmeraient eux-mêmes. Cette théorie impliquerait que des groupes terroristes endossent des uniformes de l’armée, coordonnent des bataillons, sollicitent des drones militaires pour les surveiller, avant de se retirer, démontrant une sophistication étonnante pour des individus qu’il dépeint comme de simples « lecteurs du Coran dans la brousse ».

Le silence assourdissant sur la communauté peule

Au cours de ses deux heures d’entretien, le mot « Peul » n’a été prononcé à aucun moment par le capitaine Traoré. Cette omission est d’autant plus frappante que le rapport de HRW met en évidence un ciblage systématique de cette communauté, qui représente environ 8 % de la population burkinabè. Accusés collectivement de terrorisme, les Peuls sont victimes de massacres de village en village et de déplacements massifs. Le rapport de HRW cite des déclarations troublantes attribuées à Traoré lui-même, qui aurait averti des chefs peuls en février 2023 : « Il y aura beaucoup de morts. Et ça sera plus compliqué pour votre communauté. » Le chef de sa garde présidentielle aurait même tenu des propos plus explicites, affirmant : « Nous allons tous les tuer. » L’absence de reconnaissance de cette problématique majeure par le régime soulève de sérieuses questions sur la volonté de traiter les tensions ethniques au Burkina Faso.

Libertés fondamentales sous surveillance au Burkina Faso

Le capitaine Traoré a affirmé que les citoyens du Burkina Faso jouissent d’une « liberté bien supérieure » à celle des Européens. Cependant, la réalité dépeinte par les organisations de défense des droits humains est tout autre. Des journalistes ont été enlevés et enrôlés de force dans des milices, des médias indépendants ont été contraints de fermer, et l’accès aux sites d’organisations de défense des droits humains est bloqué. Par ailleurs, la Commission électorale a été dissoute et la peine de mort réintroduite, signalant un recul des droits civiques et politiques. En parallèle, des réseaux de propagande pro-junte, connus sous le nom de « BIR-C » (Bataillons d’intervention rapide de la communication), diffusent massivement des contenus trompeurs et des deepfakes sur les réseaux sociaux, louant le dirigeant, une stratégie de communication qui rappelle les régimes les plus autoritaires.

Une justice à deux vitesses et l’impunité des hauts gradés

Face à l’ampleur des exactions, Human Rights Watch a appelé à une enquête sur la responsabilité de commandement du capitaine Traoré. Bien que six généraux aient été nommés dans le rapport, aucun n’a été poursuivi en justice. Le retrait de la junte de la Cour pénale internationale (CPI) est perçu comme une tentative d’échapper à l’examen international. Pendant ce temps, le régime met en scène l’humiliation publique de policiers corrompus pour de petites sommes, érigeant ces actes en scandales nationaux. En contraste frappant, les massacres de centaines de civils par l’armée sont minimisés, voire qualifiés de « perfidie terroriste », révélant des priorités judiciaires distinctes et une tolérance apparente pour les crimes les plus graves.

Le bouclier anti-critiques : instrumentalisation du sentiment anti-occidental

Toute critique internationale est systématiquement balayée par le régime. Une résolution du Parlement européen est taxée d’« ingérence », les déclarations du chef d’état-major français sont rejetées, et les ONG, les médias, internet, voire même les cartes géographiques et le rapport de 351 pages de HRW sont qualifiés de « faux » ou de « manipulateurs ». Cette posture suggère que seule la version officielle est acceptable. Si les griefs postcoloniaux sont légitimes et que l’histoire du pillage de l’Afrique par la France est un fait avéré, l’instrumentalisation de ce passé pour justifier la répression interne et les massacres de sa propre population s’apparente à une dérive autoritaire. L’anti-impérialisme, aussi fondé soit-il, ne saurait être un permis de tuer.

Pour clore son intervention, le capitaine Traoré a exhorté les Burkinabè à « faire des enfants », arguant que « les terres sont riches ». Une déclaration qui prend une tournure sinistre à la lumière des découvertes de fosses communes, suggérant que la richesse du sol pourrait malheureusement aussi être mesurée par le nombre de vies qui y sont inhumées.

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