31 mai 2026

Africa Solidaire

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Le Burkina Faso sous Ibrahim traoré : l’adieu assumé à la démocratie

Ouagadougou – Le capitaine Ibrahim Traoré, leader de la junte militaire au pouvoir au Burkina Faso, a marqué les esprits par une déclaration sans équivoque diffusée jeudi 2 avril sur la Radiotélévision du Burkina (RTB). Face à des journalistes burkinabè et internationaux, incluant des représentants de la télévision publique italienne Rai et de la chaîne britannique Sky News, le chef d’État a explicitement appelé la population à renoncer à l’idée de démocratie.

« La démocratie, c’est pas pour nous », a-t-il affirmé avec détermination, signifiant un virage idéologique majeur pour le pays.

Le processus électoral mis en suspens

Le jeune putschiste, ayant accédé au pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, a clairement écarté toute perspective d’élections à court ou moyen terme. « On ne parle même pas d’élections d’abord. Il faut que les gens oublient la question de la démocratie », a-t-il insisté.

Ces propos interviennent quelques jours après l’adoption, fin mars 2026, d’une nouvelle Charte de la Révolution. Ce texte permet à la junte de prolonger son mandat de cinq années supplémentaires à compter de juillet 2024 et autorise spécifiquement Ibrahim Traoré à se présenter aux futures échéances présidentielles, législatives et municipales.

La transition initialement promise après le premier coup d’État de janvier 2022, qui devait s’achever en juillet 2024, semble désormais caduque. La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a été dissoute en octobre 2025, et les partis politiques ont été interdits en février 2026, scellant la fin de l’engagement démocratique.

Un régime qui revendique son autoritarisme

« Nous ne sommes pas dans une démocratie », avait déjà déclaré Traoré l’année précédente. Jeudi soir, il a réitéré cette position avec une assurance manifeste, plaçant la « Révolution » au-dessus de toute considération démocratique. Au cours d’un entretien de plus de deux heures, le capitaine a confirmé ce que de nombreux observateurs pressentaient : le Burkina Faso est passé d’une phase de transition militaire à une dictature pleinement assumée.

Le sort de son prédécesseur

Ibrahim Traoré a également abordé le cas de son prédécesseur, l’ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, récemment extradé du Togo. Accusé de corruption et de tentatives de putsch, Damiba est désormais « entre les mains de la justice », selon le chef de la junte.

Un bilan sécuritaire controversé

Alors que le Burkina Faso est englué depuis près d’une décennie dans une spirale de violences jihadistes, ayant entraîné des milliers de décès et des centaines de milliers de déplacés, le chef de la junte a rejeté en bloc les accusations documentées par plusieurs ONG internationales. Celles-ci dénoncent des exactions commises par l’armée burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) à l’encontre de civils. Traoré s’est contenté d’affirmer qu’« il n’y a pas de preuves ».

Rapprochement avec la Russie et entrave à la presse

Sur le plan international, Traoré a réaffirmé son partenariat avec la Russie, qui fournit des équipements militaires, tout en niant la présence d’instructeurs étrangers sur le terrain. Depuis son arrivée au pouvoir, le régime a par ailleurs intensifié la répression de la liberté de la presse, avec la suspension ou l’interdiction de diffusion de nombreux médias internationaux et l’expulsion de journalistes.

Le Burkina Faso s’enfonce dans l’autoritarisme

En demandant ouvertement à son peuple d’abandonner l’idéal démocratique, Ibrahim Traoré lève toute ambiguïté. Il assume désormais sans complexe l’établissement d’un régime militaire durable, où les droits politiques et les libertés fondamentales sont sacrifiés au nom d’une « révolution » dont les résultats peinent à convaincre, tant sur le plan sécuritaire qu’économique. Autrefois perçu comme un espoir démocratique dans la région, le Burkina Faso s’enfonce chaque jour un peu plus dans l’autoritarisme.

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