14 juin 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Cameroun : un accord ferroviaire relance le corridor Edéa-Kribi-Campo

Une avancée majeure est enregistrée aujourd’hui à Yaoundé dans le cadre du corridor ferroviaire reliant Edéa, Kribi, Lolabé et Campo. L’État camerounais, Africa Global Logistics (AGL) et Camalco, filiale locale de Canyon Resources, signeront un mémorandum d’entente à l’hôtel Starland. La cérémonie sera présidée par le ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe. L’ambition ? Relier le réseau ferré national au port en eau profonde de Kribi et, à terme, aux flux d’exportation minière.

Un projet ferroviaire stratégique pour l’économie camerounaise

Ce projet s’inscrit dans une vision plus large de modernisation des infrastructures du Cameroun. Le corridor Edéa–Kribi–Campo, dont la planification remonte à plusieurs années, vise à renforcer la logistique nationale via une synergie entre rail, ports et mines. Dès 2021, les autorités avaient identifié deux tronçons clés : Edéa–Kribi–Campo (184,5 km) et Douala–Limbé–Idénau (107 km). Aujourd’hui, le tracé intègre également la connexion à Lolabé, située à proximité du port en eau profonde.

Le partenariat public-privé envisagé englobera toutes les phases du projet : études, financement, construction, exploitation et maintenance. Aucune décision définitive d’investissement n’est encore prise, mais de nombreux aspects restent à préciser, comme le tracé exact, le calendrier des travaux, le budget global, la durée de la concession et les dates de mise en service. Pour le gouvernement, ce corridor répond à un double objectif : désenclaver le Sud du pays et renforcer la compétitivité des axes d’exportation. Pour AGL, déjà présent dans la logistique portuaire et ferroviaire en Afrique centrale, il s’agit de consolider sa position dans l’acheminement des marchandises.

Kribi, hub portuaire incontournable

Le port de Kribi, seul port en eau profonde du Cameroun, représente un atout majeur pour l’économie nationale. Cependant, son potentiel est actuellement limité par l’insuffisance de ses liaisons terrestres. Une liaison ferroviaire permettrait de résoudre ce problème et de créer une cohérence entre le port, les zones industrielles voisines et les flux internationaux. Kribi pourrait ainsi absorber des volumes que Douala, en raison des contraintes de son estuaire, peine à traiter dans des conditions optimales.

L’implication de Camalco ajoute une dimension minière essentielle au projet. La société développe le projet de bauxite de Minim Martap, en Adamaoua, considéré comme l’un des plus importants au monde. Canyon Resources estime les réserves prouvées à 144 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et 1,7 % en silice. Les ressources totales pourraient atteindre 1,102 milliard de tonnes. Ces volumes nécessitent une infrastructure logistique robuste, incluant mines, voie ferrée, terminaux de stockage et navires minéraliers.

Camalco sécurise la chaîne logistique minière

À court terme, Canyon Resources mise sur Douala pour évacuer sa production. Pour renforcer cette option, Camalco a investi 9,852 milliards de FCFA pour augmenter sa participation dans Camrail, l’opérateur du réseau ferré, passant de 9,1 % à 26,9 %. La filiale a également injecté 347,447 millions de FCFA dans Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs se poursuivent en parallèle, avec l’acquisition de locomotives prévues pour le deuxième trimestre 2026 et des wagons pour juillet de la même année. La première expédition de bauxite est programmée pour le troisième trimestre 2026.

Cependant, les limites nautiques de Douala entraînent une hausse des coûts unitaires pour les flux miniers massifs. Le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait une alternative directe vers un port en eau profonde, réduisant ainsi la dépendance à l’égard du schéma actuel. Pour le Cameroun, ce projet combine désenclavement régional, valorisation des ressources naturelles et développement de Kribi comme plateforme d’exportation majeure.

Plusieurs incertitudes persistent encore. Le mémorandum ne tranche pas sur le coût global du projet, la répartition des risques entre partenaires, ni sur les impacts fonciers et environnementaux du tracé. Ces éléments seront déterminants pour attirer des investisseurs internationaux et garantir la viabilité économique du projet. La signature de Yaoundé marque nonetheless le retour du corridor dans les grands chantiers structurants du pays, préfigurant une future architecture logistique intégrant rail, ports et mines.

Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes