Collège d’Azrou : le berceau inattendu de l’élite berbère marocaine
Collège d’Azrou : le berceau inattendu de l’élite berbère marocaine
Conçu sous l’égide du Protectorat français, le collège d’Azrou avait pour mission de façonner une élite berbère francophone, loyale et éloignée des mouvements nationalistes de Fès et Rabat. Destinée à servir l’administration et l’armée, cette institution a pourtant donné naissance à des figures majeures de l’histoire marocaine. Parmi ses anciens élèves figurent des militants de l’indépendance, des ministres, des gouverneurs, des magistrats et même treize généraux. Certains ont servi Mohammed V et Hassan II, tandis que d’autres ont été impliqués dans les putschs de 1971 et 1972. Plongez dans l’histoire méconnue de cette fabrique d’élites, à travers l’essai de Mohamed Benhlal et les récits d’anciens élèves.
Un projet colonial aux ambitions détournées
Dans les années 1920, l’administration française au Maroc lance une initiative audacieuse : le collège d’Azrou. L’objectif affiché ? Promouvoir une « politique berbère » en formant une génération d’Amazighs francophones, dociles et dévoués. Installé dans l’Atlas, loin des foyers de contestation, cet établissement devait produire des cadres administratifs et militaires entièrement dévoués à l’ordre colonial.
Pourtant, l’histoire a pris un tournant inattendu. Le collège est devenu bien plus qu’un simple outil de domination : une pépinière de talents qui allait marquer durablement le Maroc indépendant.
Des figures emblématiques issues d’un même berceau
L’influence du collège d’Azrou dépasse largement le cadre de la période coloniale. Parmi ses anciens élèves, on compte des personnalités qui ont façonné la nation marocaine. Mohammed V lui-même a bénéficié de l’enseignement dispensé dans cet établissement, tout comme son fils Hassan II.
La liste des anciens élèves illustres est impressionnante : des ministres, des gouverneurs, mais aussi des magistrats de haut rang. Treize de ses élèves ont même atteint le grade de général, certains jouant un rôle clé dans l’armée marocaine.
Le parcours de ces hommes illustre une réalité paradoxale : ceux que l’on voulait formater pour servir l’ordre colonial sont devenus les architectes de l’indépendance et de la construction nationale.
Un héritage contesté et des destins brisés
L’histoire du collège d’Azrou est également marquée par des événements tragiques. Plusieurs de ses anciens élèves ont été impliqués dans les tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Ces putschs, bien que réprimés, ont révélé les tensions profondes au sein de l’élite marocaine et ont contribué à façonner l’histoire politique du pays.
Aujourd’hui encore, le collège d’Azrou reste un symbole de cette période charnière. Son histoire, à la fois glorieuse et mouvementée, continue d’inspirer et de questionner.
Une lecture renouvelée grâce aux témoignages
L’essai de Mohamed Benhlal, intitulé « Le collège d’Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959 », offre une analyse approfondie de cette institution et de son impact. En s’appuyant sur des archives et des témoignages d’anciens élèves, l’auteur révèle les contradictions d’un système éducatif conçu pour servir les intérêts coloniaux, mais qui a finalement produit des figures engagées pour la liberté et l’unité nationale.