31 mai 2026

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Coups d’état militaire en afrique : pourquoi les alliés civils sont abandonnés

Le 29 janvier 2026 restera une date clé dans l’histoire politique du Burkina Faso. Ce jour-là, le capitaine Ibrahim Traoré a acté la dissolution définitive de tous les partis politiques, mettant fin à toute représentation partisane dans le pays. Une décision radicale qui concerne également les formations ayant soutenu son ascension au pouvoir lors du coup d’État de septembre 2022.

Ces partis, déjà suspendus depuis l’arrivée de la junte, voient aujourd’hui leurs biens confisqués par l’État dans le cadre d’une restructuration nationale présentée comme un remède aux fractures sociales. Pourtant, cette mesure concentre un pouvoir déjà sans partage entre les mains des militaires, réduisant à néant les derniers espaces de participation citoyenne indépendante.

Initialement, la junte avait bénéficié d’un soutien civil enthousiaste, mais cette décision brutale contraste avec le discours révolutionnaire et mobilisateur affiché au départ. Pourtant, cette évolution n’est pas une exception : elle s’inscrit dans une tendance lourde observable à travers tout le Sahel et bien au-delà du continent africain.

Les militaires africains prennent souvent le pouvoir avec l’appui populaire, mais l’histoire montre que cet enthousiasme initial ne se transforme que rarement en influence durable. Les juntes finissent systématiquement par écarter ou réprimer les groupes civils qui ont pourtant contribué à légitimer leur prise de pouvoir. Une dynamique qui s’observe depuis des décennies.

Ayant étudié cette problématique pendant près de dix ans, notamment la vague récente de coups d’État en Afrique de l’Ouest, une constante se dégage : une fois au pouvoir, les dirigeants militaires n’ont aucun intérêt à partager leur autorité. Les groupes civils, bien que précieux au début pour mobiliser les foules et légitimer le coup, deviennent rapidement encombrants.

Ces alliés disposent de leurs propres leaders, de leurs propres électeurs et d’exigences spécifiques pour la transition. Ils peuvent critiquer les retards ou organiser des mobilisations, ce qui menace directement l’autorité exclusive des juntes. C’est précisément cette indépendance qui les rend indésirables une fois le pouvoir consolidé.

La dissolution des partis politiques au Burkina Faso n’est donc que la dernière illustration d’un phénomène récurrent : le soutien initial des civils ne garantit ni une transition inclusive ni une influence prolongée sur les décisions politiques.

Le soutien civil ne mène pas à une influence durable

Contrairement aux idées reçues, les coups d’État militaires attirent souvent le soutien d’une partie de la population civile. Parfois, cette adhésion est active : des groupes de la société civile, des partis politiques et d’autres acteurs nationaux célèbrent, approuvent ou facilitent ces prises de pouvoir. Pour les militaires, ces alliances offrent une légitimité immédiate et une base sociale solide.

Cependant, une tendance parallèle se confirme : les juntes écartent systématiquement leurs anciens alliés une fois le pouvoir stabilisé. Ces derniers réclament une place dans la transition, mais se heurtent à une exclusion progressive, voire à une répression. Un schéma qui transcende les époques, les régions et les idéologies.

Un exemple historique marquant est le coup d’État de 1969 au Soudan. Le Parti communiste soudanais avait apporté un soutien crucial aux Officiers libres dirigés par le colonel Jaafar Nimeiri. Pourtant, en moins de sept mois, Nimeiri a commencé à marginaliser le parti, avant de le réprimer violemment en 1971, écrasant toute opposition politique.

L’Égypte a connu une trajectoire similaire en 2013. Le mouvement Tamarod, soutenu par des partis politiques et des groupes de la société civile, avait légitimé le coup du général Abdelfattah el-Sisi. Pourtant, son influence s’est rapidement évanouie à mesure que l’espace civique se réduisait sous le régime militaire.

Les alliés civils des juntes du Sahel face à la désillusion

Au Sahel, les groupes civils ayant soutenu les récents coups d’État vivent aujourd’hui la même désillusion que leurs prédécesseurs ailleurs. Au Mali, le Mouvement du 5 juin – Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP) avait activement soutenu le coup d’État du colonel Assimi Goïta en août 2020, espérant influencer la transition. Pourtant, la junte a rapidement écarté le mouvement lors de la formation du gouvernement, réduisant son rôle à néant.

La situation s’est encore dégradée avec le deuxième coup d’État de mai 2021, lorsque Goïta a renversé le gouvernement civil provisoire et consolidé le pouvoir militaire. Le M5-RFP, initialement allié tactique, s’est retrouvé marginalisé, ses dirigeants exclus des processus décisionnels.

En Guinée, le scénario s’est répété après le coup d’État de 2021. Les leaders de l’opposition, ayant soutenu le général Mamady Doumbouya, espéraient jouer un rôle dans la transition. Ils ont même appelé la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à ne pas sanctionner le putsch. Pourtant, la junte a ignoré ces demandes, empêchant toute représentation significative des partis. Un an plus tard, des membres de ces partis étaient arrêtés pour avoir critiqué leur exclusion.

En analysant ces cas, la dissolution des partis politiques au Burkina Faso s’inscrit dans un schéma bien établi : le soutien initial des civils ne garantit ni une influence continue ni une intégration dans les structures de pouvoir une fois les juntes solidement installées.

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