23 juin 2026

Africa Solidaire

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Gabon : l’évaluation onusienne, un test décisif pour la lutte anticorruption

À Libreville, du 29 juin au 1er juillet 2026, une équipe d’experts internationaux mandatée par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) examinera les dispositifs mis en place par le Gabon pour prévenir la corruption et récupérer les avoirs illicites. Cette mission s’inscrit dans le deuxième cycle d’examen de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC).

Un enjeu crucial pour la transparence

Cet événement, bien que discret dans l’actualité, représente une opportunité majeure pour les citoyens, patriotes et socialistes engagés de se pencher sur cette question épineuse. La lutte contre la corruption est en effet un cheval de bataille central pour le Front Démocratique Socialiste, mais aussi un engagement personnel de nombreux acteurs.

Le deuxième cycle de la CNUCC : de quoi s’agit-il ?

Ratifiée par le Gabon en 2007, la CNUCC impose des obligations concrètes en matière de transparence, de contrôle institutionnel, de protection des lanceurs d’alerte et de recouvrement des biens détournés. Le mécanisme d’examen par les pairs, mené avec le Tchad et la Libye, évalue la mise en œuvre de ces engagements, identifie les lacunes et formule des recommandations. Après un premier cycle (2010-2015) centré sur l’incrimination et la coopération judiciaire, ce second cycle se concentre sur la prévention de la corruption et la récupération des biens mal acquis.

Des actions concrètes encore timides

La Commission nationale de lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite (CNLCEI), censée être un pilier de cette lutte, suscite des interrogations. Moins d’un an après le Coup de la libération du 30 août 2023, son efficacité semblait déjà limitée. Aujourd’hui encore, les Gabonais s’interrogent sur son utilité : quels avoirs ont été recouvrés ? Quelles personnes ont été poursuivies ?

Le 11 juillet 2025, un atelier de vulgarisation du Code éthique s’est tenu à Libreville, réunissant institutions et partenaires pour renforcer l’intégrité publique. Mais où en est ce code ? Est-il effectivement appliqué dans les administrations ?

Le 27 février 2026, deux nouveaux rapporteurs de la CNLCEI ont prêté serment devant la Cour de cassation de Libreville, conformément à la loi. Si cela témoigne d’un fonctionnement institutionnel, leurs actions restent invisibles et les résultats se font attendre.

Le 13 mai 2026, la CNLCEI, avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), a organisé des assises sur la bonne gouvernance, le partage de bonnes pratiques et le renforcement institutionnel. Cependant, la bonne gouvernance ne se mesure pas au nombre d’ateliers, mais à la réduction effective de la corruption, à la sanction des abus et à la récupération des fonds détournés.

Un bilan mitigé entre avancées et lacunes

Il serait injuste de nier les progrès. Depuis la transition, les pouvoirs de la CNLCEI ont été élargis, de nouvelles dispositions constitutionnelles consacrent la transparence, et les mécanismes de déclaration de patrimoine ont été étendus. À Vienne, lors de la 17e session du Groupe d’examen de l’application de la CNUCC, la délégation gabonaise a présenté des avancées en matière de convergence inter administrative et d’appropriation des instruments de l’ONUDC.

Mais force est de constater que ces mesures restent éparses, sans architecture d’ensemble. Le Gabon ne dispose toujours pas d’un plan national de lutte contre la corruption digne de ce nom : pas de stratégie intégrée, pas de feuille de route chiffrée, pas de mécanisme de suivi-évaluation indépendant. Les instruments existent, mais fonctionnent en silos, sans cohérence ni pilotage central.

Un test décisif pour l’avenir

La mission d’évaluation qui débute envoie un signal positif, dans un contexte régional où plusieurs États refusent de se soumettre à un regard extérieur. Mais une posture d’ouverture ne saurait tenir lieu de stratégie structurée. Ce que l’on attend désormais, c’est une coopération franche et transparente, qui mette à nu les pratiques qui gangrènent l’administration.

Les indicateurs internationaux restent préoccupants. Le Gabon se maintient dans la partie inférieure des classements mondiaux de perception de la corruption, malgré un gain de deux points dans l’indice de Transparency International depuis 2024. Les institutions de contrôle souffrent de moyens insuffisants et d’une indépendance théorique. La justice tarde à traiter certains dossiers emblématiques, et les actifs illicitement transférés à l’étranger ne font l’objet d’aucun mécanisme de recouvrement effectif.

Cette évaluation nous dira si le Gabon est encore à la traîne en matière de lutte contre la corruption. En attendant, une mini-campagne de sensibilisation est lancée cette semaine à destination de nos concitoyens.

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