Homosexuels au Sénégal : l’exil comme seule issue face à la répression
Au Sénégal, l’homosexualité sous surveillance : l’afflux de demandes d’asile vers la France après le durcissement des lois
Reportage Entre rejet familial, persécutions et peur quotidienne, les personnes LGBT+ au Sénégal subissent une pression croissante depuis le vote d’une loi alourdissant les peines pour homosexualité. Des associations se mobilisent pour faciliter leur fuite vers la France.
Chérif* a quitté le Sénégal au début du mois de juin, emportant avec lui une seule certitude : il ne pouvait plus y vivre sereinement. « Ils m’auraient arrêté », confie-t-il, encore marqué par les événements. L’arrestation d’un proche, lié à une figure politique majeure, a précipité sa décision. « Dès que j’ai vu son nom dans les journaux, j’ai su qu’il était trop tard pour moi », explique-t-il en évoquant les messages échangés avec ce dernier, désormais compromis.
Le 11 mars dernier, une loi a été adoptée, doublant les peines de prison pour relations homosexuelles. Depuis, l’atmosphère au Sénégal est devenue létale pour les personnes LGBT+. Les discours de haine se propagent sans retenue, alimentés par les médias et les réseaux sociaux. « On nous traite de pervertisseurs, de destructeurs de la société », témoigne Chérif, dont la famille a coupé tout contact depuis son coming out.
Les associations Stop Homophobie, SOS Homophobie et Le Refuge rapportent une hausse exponentielle des demandes d’aide. Beaucoup envisagent l’exil vers la France, où la procédure d’asile pour persécution est plus accessible. « Ils nous offrent une bouée de sauvetage », confie un membre de ces organisations, soulignant l’urgence de la situation.
Pourtant, la fuite n’est pas une solution anodine. Les démarches administratives, les coûts du voyage et l’incertitude de l’accueil en France pèsent lourdement sur ces personnes déjà fragilisées. « Partir, c’est tout abandonner », résume Chérif, dont le dossier d’asile est en cours d’instruction.