La main du pouvoir au Cameroun sous le regard d’ahmed newton barry
La main du pouvoir au Cameroun : le retour symbolique de Paul Biya
Les Camerounais ont enfin retrouvé leur président. Le retour de Paul Biya, jeudi 20 août après 74 jours de séjour en Suisse, s’est joué sur un détail : une main. Une main visible à travers la vitre légèrement entrouverte de la limousine présidentielle, une main qui a suffi à confirmer la présence du président. Une main qui, en politique, porte bien plus qu’un simple geste : elle incarne le pouvoir, la vie, la légitimité.
Ce retour, bien que discret, a marqué les esprits. Les Camerounais s’attendaient à voir le chef de l’État descendre de l’avion, serrer des mains comme à son habitude, saluer la foule depuis le tarmac. Ils ont obtenu une main. Une main qui en dit long sur l’état du pouvoir au Cameroun. Une main qui, selon la tradition politique, se décline en quatre degrés : celle qui tue, celle qui triche, celle qui bénit et celle qui gouverne.
La main qui tue : le pouvoir de vie ou de mort
Dans l’histoire romaine, la main de César décidait du sort des gladiateurs. Pouce levé, la vie était épargnée. Pouce baissé, c’était la mort. Jeudi 20 août à Yaoundé, la main de Paul Biya a joué un rôle inverse. Ce n’était plus la main du dirigeant qui jugeait de la vie ou de la mort des citoyens. C’était la main du dirigeant qui devait prouver aux Camerounais qu’il était encore en vie. Une main levée, un salut discret, et le doute s’est dissipé : le président était bien de retour.
La main qui triche : quand l’image prime sur la réalité
En football, Diego Maradona a marqué l’histoire avec sa « Main de Dieu ». Une triche visible, mais validée par l’arbitre. Au Cameroun, la télévision nationale, la CRTV, a elle aussi validé le « miracle ». Malgré l’absence visible de Paul Biya, les images diffusées ont montré une main, un geste, une présence. Une triche médiatique pour maintenir l’illusion d’un pouvoir toujours actif.
La main qui bénit : le sacré et le pouvoir
Dans les religions, la main sacrée impose les bénédictions. Les rois sont sacrés par l’onction, les prêtres bénissent les fidèles. Jeudi, le Cameroun a assisté à une liturgie inversée. Une main-relique, sortie à travers une vitre teintée, comme une châsse transportée lors des processions. Une main qui devait rappeler aux Camerounais que le pouvoir, même absent, restait sacré.
La main qui gouverne : le pouvoir à distance
Enfin, la main qui signe, qui décide, qui gouverne. Pendant 74 jours, Paul Biya est resté en Suisse, mais son pouvoir était intact. Des décrets, des nominations, des lois ont continué à être signés en son nom. Le pouvoir ne réside pas dans le corps, mais dans la manus, la main en latin. Une main qui gouverne même à distance, une main qui incarne l’État, la légitimité, l’autorité.
Marie Roger Biloa, journaliste camerounaise, résume cette situation avec franchise : « Le Cameroun doit se préparer à l’absence définitive d’un président déjà absent de fait. » Une main pour gouverner, un corps qui s’efface, mais un pouvoir qui persiste.