14 août 2026

Africa Solidaire

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Lomé mise sur sa souveraineté pharmaceutique pour l’Afrique de l’Ouest

Lomé — L’Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui à un tournant décisif : doit-elle continuer à importer massivement ses médicaments ou se doter de sa propre industrie pharmaceutique ? Cette question cruciale a été au cœur d’une rencontre majeure réunissant professionnels de santé et universitaires, le 12 août dernier à l’Agora Senghor, marquant ainsi un virage stratégique pour le secteur sanitaire ouest-africain.

Portées par la 21ᵉ édition des Assises scientifiques et culturelles de la Fédération des étudiants en Pharmacie de l’Afrique de l’Ouest (FESPAO), les nouvelles générations de pharmaciens ne se contentent plus de revendiquer des financements supplémentaires. Elles revendiquent désormais une refonte totale des modèles existants. Exit l’ère où la pharmacie se limitait à une simple activité de distribution : place à l’industrialisation, à l’innovation en génomique et à la validation scientifique des savoirs ancestraux africains.

Produire sur place : une nécessité pour la sécurité sanitaire

Les répercussions de la pandémie mondiale et les perturbations récentes des chaînes d’approvisionnement ont révélé une vérité incontestable : dépendre des importations pharmaceutiques ne représente pas seulement un risque économique, mais aussi une faille majeure en matière de sécurité nationale. Cet argument a été au centre des échanges lors de ce sommet.

Le Professeur Gado Tchangbédji, ministre délégué chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a exposé la feuille de route tracée par le Président Faure Essozimna Gnassingbé : faire de l’innovation et de la production locale de médicaments les piliers de la résilience sanitaire de la sous-région. L’État togolais s’engage ainsi à soutenir activement la coopération scientifique et la recherche appliquée pour y parvenir.

Génomique et pharmacopée traditionnelle : les leviers d’une autonomie médicale

Produire localement ne suffit pas si cela revient à copier des brevets étrangers. La souveraineté pharmaceutique exige une adaptation des traitements aux réalités génétiques et épidémiologiques du continent. Les Assises de Lomé ont mis en lumière une urgence scientifique : développer des thérapies adaptées au patrimoine génétique des populations africaines, souvent négligé dans les essais cliniques internationaux.

Parallèlement, une réappropriation culturelle s’impose. Les experts présents ont insisté sur la nécessité de structurer industriellement la pharmacopée traditionnelle. L’objectif ? Transformer les savoirs ancestraux en médicaments brevetés, 100 % africains, en les soumettant à des protocoles de recherche rigoureux.

Former les pharmaciens de demain : de distributeurs à chercheurs

Cette ambition se heurte cependant à un défi de taille : celui du capital humain. Le Professeur Tchin Darré, ministre délégué à la Santé et doyen de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé, a souligné un point essentiel : les cursus universitaires doivent évoluer en profondeur. Le pharmacien ouest-africain ne peut plus se limiter à être un simple dispensateur de médicaments. Il doit devenir un chercheur innovant, un acteur clé de l’industrie pharmaceutique locale et un expert de la validation des savoirs endogènes.

Alors que les discussions se poursuivent à Lomé, l’objectif de ces 21ᵉ Assises est désormais clair : convertir ces échanges universitaires en mesures politiques concrètes. L’enjeu est de taille : garantir un accès universel aux soins en Afrique de l’Ouest, sans dépendre de productions situées à des milliers de kilomètres des patients.

En définitive, la survie sanitaire de la région repose sur deux piliers indissociables : une industrie pharmaceutique locale solide et une recherche scientifique ancrée dans les réalités africaines. Sans cela, l’Afrique de l’Ouest restera vulnérable face aux prochaines pandémies. La véritable souveraineté sanitaire se mesurera à la capacité des États à transformer ces résolutions en actions tangibles, pour que chaque patient puisse bénéficier de soins conçus, validés et fabriqués sur le continent.

Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur
Ministère délégué, chargé de l’Enseignement Supérieur
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