28 avril 2026

Mali : le durcissement du régime de Goïta alerte l’ONU

Mali : le durcissement du régime de Goïta alerte l’ONU

Le Haut-Commissaire aux droits humains de l’ONU, Volker Türk, a alerté sur l’aggravation de la situation politique au Mali, où le régime en place restreint toujours davantage les libertés et s’éloigne des principes démocratiques.

Depuis 2020, la junte malienne dirigée par le général Assimi Goïta a mis en place une série de réformes constitutionnelles et juridiques visant à concentrer le pouvoir entre ses mains. Ces modifications ont pour effet de rendre improbable toute organisation d’élections démocratiques dans un futur proche. Volker Türk a souligné dans une déclaration officielle que ces évolutions privent les citoyens maliens de leurs droits fondamentaux et appellent à une restauration urgente des libertés.

Des élections reportées indéfiniment

Près de cinq ans après la destitution du président Ibrahim Boubacar Keïta lors d’un coup d’État condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU, les engagements de transition vers un gouvernement civil sont aujourd’hui abandonnés. En effet, depuis l’élection de Keïta en 2018, aucune élection présidentielle n’a pu se tenir au Mali.

Le 8 juillet dernier, une nouvelle loi a été adoptée, autorisant Goïta à prolonger son mandat sans scrutin « aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce que le pays retrouve la paix ». Quelques semaines plus tôt, un décret présidentiel avait également dissous l’ensemble des partis et organisations politiques. Selon le Haut-Commissaire, ces décisions violent le droit des Maliens « à participer à la vie publique, à voter et à se présenter aux élections ».

Montée de la répression politique

Cette centralisation du pouvoir s’accompagne d’une escalade de la répression. L’ancien premier ministre Moussa Mara, figure de l’opposition, en a fait les frais : il a été arrêté le 1er août pour « atteinte à la crédibilité de l’État » et « opposition à l’autorité légitime », après avoir partagé sur la plateforme X un message exprimant son soutien aux prisonniers politiques. Volker Türk a dénoncé l’utilisation abusive de la législation pour étouffer toute contestation et a exprimé sa préoccupation face à l’augmentation des arrestations arbitraires touchant des citoyens de tous horizons.

Violences et abus contre les populations

Parallèlement, le Mali reste en proie à des attaques perpétrées par des groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et Daech, dont le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO). Ces menaces terroristes servent de prétexte à des opérations militaires menées par l’armée malienne, soutenue par les mercenaires du Africa Corps, héritiers du Groupe Wagner, qui ciblent indistinctement civils et groupes armés.

Selon les Nations Unies, depuis avril dernier, des centaines de cas d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et d’enlèvements ont été recensés, imputables à toutes les parties impliquées dans le conflit. Dans un pays déjà fragilisé par des années d’instabilité, l’allongement indéfini du mandat présidentiel et la répression généralisée risquent d’enraciner davantage le Mali dans une impasse politique et une spirale de violences.

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