Tchad : droits humains en 2026, entre répression et conflits intercommunautaires
Un pouvoir renforcé et des droits humains en recul
En Tchad, l’année 2025 a marqué un tournant autoritaire avec la consolidation du pouvoir du président Mahamat Idriss Déby, élu en 2024 dans un scrutin contesté par l’opposition. Les modifications constitutionnelles adoptées cette même année, supprimant les limites de mandat et allongeant la durée des mandats de cinq à sept ans, ont ouvert la voie à une gouvernance sans alternance démocratique. Ces réformes, approuvées malgré le boycott de l’opposition, réduisent drastiquement les contre-pouvoirs et concentrent l’autorité entre les mains du chef de l’État, affaiblissant ainsi les fondements de l’État de droit.
Dissidence muselée et opposition criminalisée
L’espace politique tchadien s’est considérablement restreint en 2025. Succès Masra, figure majeure de l’opposition et dirigeant du parti Les Transformateurs, a été arrêté à N’Djamena sous des accusations d’incitation à la haine et de complicité de meurtre, liées aux violences intercommunautaires de Mandakao. Condamné à vingt ans de prison en août 2025, son procès, qualifié d’expéditif, a été perçu comme une manœuvre politique visant à neutraliser toute opposition. Cette décision s’ajoute à une série de mesures répressives : arrestations arbitraires de militants, journalistes et membres du parti de Masra, ainsi que la suppression des libertés fondamentales garanties par l’accord de Kinshasa de 2023.
Violences intercommunautaires : une crise humanitaire persistante
Les conflits entre éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires ont connu une recrudescence alarmante en 2025, principalement dans les régions du sud et de l’est du Tchad. Ces affrontements, souvent liés à des litiges fonciers et à la pression démographique, ont causé des dizaines de morts et des déplacements massifs de populations. Parmi les incidents les plus marquants :
- À Mandakao (Logone-Occidental), 41 morts et six blessés en mai 2025, suite à un différend sur les limites entre pâturages et terres agricoles.
- À Orégomel (Mayo-Kebbi Ouest), 17 victimes, dont des femmes et enfants, après des attaques à la machette en juin.
- À Molou (Ouaddaï), une vingtaine de morts et seize blessés en juin, lors d’affrontements intertribaux.
Ces violences, exacerbées par les changements climatiques et la raréfaction des terres arables, ont mis à rude épreuve les capacités du pays à gérer les crises humanitaires, d’autant plus que le Tchad doit aussi absorber un flux continu de réfugiés en provenance du Soudan voisin.
Justice et impunité : un bilan désastreux
La justice tchadienne reste largement instrumentalisée en 2025. Aucune enquête sérieuse n’a été menée sur les tirs mortels des forces de sécurité lors des célébrations post-électorales de 2024, qui avaient coûté la vie à au moins 11 personnes. De même, la mort de Yaya Dillo, dirigeant de l’opposition, lors d’un assaut des forces de sécurité contre son parti en 2024, n’a toujours pas fait l’objet d’une enquête transparente. Les autorités ont libéré plusieurs proches de Dillo en décembre 2024, mais des figures comme Robert Gam, dirigeant du Parti socialiste sans frontières, ont été détenues sans inculpation pendant huit mois avant d’être relâchées.
Par ailleurs, le ministère de l’Administration du Territoire a retiré la nationalité tchadienne à deux personnalités critiques du régime : Makaila Nguebla, blogueur et ancien conseiller en droits humains, et Charfadine Galmaye Saleh, activiste et journaliste, tous deux en exil. Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie plus large de répression, incluant l’arrestation de journalistes comme Olivier Monodji et Mahamat Saleh Alhissein, accusés sans preuve d’espionnage et de liens avec le groupe Wagner.
Perspectives alarmantes pour les droits humains
Le bilan des droits humains au Tchad en 2025 est particulièrement sombre. Les réformes constitutionnelles de septembre ont supprimé les garde-fous démocratiques, tandis que la répression s’intensifie contre les opposants, les journalistes et les militants. Les violences intercommunautaires, couplées à une crise humanitaire aggravée par les inondations et l’afflux de réfugiés, plongent le pays dans une situation de plus en plus instable. Face à ce constat, la communauté internationale est appelée à exercer une pression accrue pour rétablir l’État de droit et protéger les droits fondamentaux des Tchadiens.
L’homophobie codifiée dans le droit tchadien
Le Code pénal de 2017 criminalise toujours les relations homosexuelles, avec des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et des amendes allant de 50 000 à 500 000 francs CFA. Cette disposition, héritée d’une législation discriminatoire, reste un symbole de l’intolérance envers les minorités sexuelles au Tchad, malgré les appels répétés des organisations de défense des droits humains.