15 juin 2026

Africa Solidaire

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Ousmane Sonko et la polémique identitaire du match France-Sénégal

À quelques heures du choc entre la France et le Sénégal lors de la Coupe du monde, une déclaration d’Ousmane Sonko a enflammé les débats. En affirmant que « quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », le président de l’Assemblée nationale sénégalaise a involontairement ranimé un vieux serpent de mer : celui qui consiste à attribuer une origine africaine aux joueurs noirs de l’équipe de France, au détriment de leur nationalité française. Cette rhétorique, longtemps portée par des figures comme Jean-Marie Le Pen, Éric Zemmour ou des supporters argentins, devient soudainement embarrassante lorsqu’elle est reprise par un haut responsable politique africain.

Crédit Photo : AFP

Une équipe de France ancrée sur le territoire national

Il est utile de rappeler la composition de l’équipe qui dispute ce mondial. Kylian Mbappé a vu le jour à Paris. Ousmane Dembélé est né à Vernon, Aurélien Tchouaméni à Rouen, William Saliba à Bondy, Dayot Upamecano à Évreux, Ibrahima Konaté à Paris, Rayan Cherki à Lyon, Bradley Barcola à Villeurbanne, Désiré Doué à Angers, Warren Zaïre-Emery à Montreuil. Tous ces joueurs ont grandi en France, ont été formés dans des clubs hexagonaux, ont fréquenté les écoles françaises et ont porté les maillots des sélections de jeunes avant d’enfiler le maillot bleu. Ils sont le fruit d’un système sportif français, de ses infrastructures et de ses éducateurs.

La France ne se limite d’ailleurs pas à l’hexagone. Des territoires ultramarins comme la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane ou La Réunion contribuent aussi à l’histoire du football tricolore. Des joueurs comme Jocelyn Angloma (Guadeloupe) ou Dimitri Payet (La Réunion) en sont la preuve. Ces régions font partie intégrante de la République ; leurs enfants sont français au même titre que ceux nés à Paris, Lyon ou Marseille. Dire qu’une victoire des Bleus serait une victoire africaine revient à estimer que ces footballeurs sont définis avant tout par les origines de leurs parents, et non par leur nationalité, leur parcours ou leur engagement sous le maillot bleu.

Un narratif qui n’a rien de nouveau

En 1996 déjà, Jean-Marie Le Pen s’en prenait à l’équipe de France, qu’il jugeait composée de « joueurs étrangers naturalisés », et reprochait à certains de ne pas chanter la Marseillaise. À l’époque, Aimé Jacquet, Didier Deschamps et le Premier ministre Alain Juppé avaient fermement défendu l’équipe. Mais le débat n’a jamais vraiment disparu. Éric Zemmour, condamné pour provocation à la haine, a régulièrement remis en cause la composition des Bleus, voyant dans la présence de nombreux joueurs noirs une transformation de l’identité nationale. Du côté argentin, après la finale de la Coupe du monde 2022, des chants ont affirmé que la France était une équipe africaine, ce qui a été dénoncé comme raciste dans de nombreux pays.

C’est précisément ce qui rend la déclaration d’Ousmane Sonko délicate. Quand un militant d’extrême droite européen nie la francité de Mbappé ou de Tchouaméni, l’indignation est immédiate. Quand un responsable politique africain de premier plan reprend la même logique, même avec un vernis panafricaniste, la question mérite d’être posée. Car le message est identique : ces joueurs seraient d’abord africains, ensuite français.

Un double standard dangereux

Si Didier Deschamps annonçait demain une sélection basée sur la couleur de peau pour mieux représenter une certaine vision de la France, les critiques seraient immédiates. Ousmane Sonko lui-même dénoncerait à juste titre une dérive ethnique. Pourquoi alors accepter le raisonnement inverse, qui attribue une identité africaine à des joueurs français uniquement à cause de leurs origines familiales ? Le football ne sélectionne pas selon la pigmentation. Il choisit les meilleurs. Kylian Mbappé n’est pas en Bleu parce qu’il est noir, mais parce qu’il est français et parmi les meilleurs joueurs du monde. La France n’a jamais demandé à ses internationaux de renier leurs racines, mais de représenter leur pays.

Ousmane Sonko n’est ni Le Pen ni Zemmour. Mais en reprenant l’idée que « c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », il reprend malgré lui un narratif qui définit des joueurs par leurs origines plutôt que par leur nationalité. Pour un ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale du Sénégal, ce n’est pas anodin. Car à trop vouloir célébrer l’Afrique partout, on finit par nier ce que sont véritablement les individus : des Français qui jouent pour la France, parce qu’ils sont français.

Un retour sur 2002 qui interroge

Lors de la Coupe du monde 2002, le Sénégal avait battu la France. Vingt des vingt-trois Lions de la Téranga évoluaient alors dans des clubs français, plusieurs formaient en France, certains étaient nés en France, et Bruno Metsu, un entraîneur français, dirigeait la sélection. Si l’on suit la logique de Sonko, cette victoire sénégalaise aurait-elle dû être considérée comme une victoire française ? Évidemment non. Parce que ces joueurs représentaient le Sénégal. Exactement comme les Bleus représentent aujourd’hui la France. Voilà peut-être la plus grande limite de la formule du président de l’Assemblée nationale sénégalaise.

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