Sahel : Maroc et Algérie se disputent l’influence sur les pays en crise
Les économies du Mali, du Burkina Faso et du Niger, trois nations clés du Sahel, affichent des indicateurs alarmants. Avec un taux de pauvreté dépassant les 40% et une jeunesse majoritaire, ces pays peinent à attirer les investissements. Classés parmi les plus pauvres au monde, ils cumulent les défis : faible accès aux terres arables, taux de natalité explosif et enclavement géographique. Ces réalités contrastent avec les ambitions affichées par leurs dirigeants militaires, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui promettent une prospérité refusée par l’Occident.
Face à cette impasse, deux voisins stratégiques proposent des solutions alternatives : le Maroc et l’Algérie. Chacun mise sur des atouts distincts pour s’imposer dans une région sous tension, où la pauvreté et l’instabilité alimentent le djihadisme.
Le Maroc mise sur son positionnement atlantique
Le Royaume chérifien mise sur des infrastructures d’envergure pour redéfinir son rôle en Afrique. Le projet du port Dakhla Atlantique, dont l’achèvement est prévu en 2028, vise à créer un hub comparable au Tanger Med, offrant un accès direct à l’Europe et aux Amériques. Ce port, couplé à une ligne ferroviaire en projet, permettrait aux pays de l’AES de briser leur isolement maritime et de dynamiser leurs échanges commerciaux.
Pour Rabat, cette initiative répond à plusieurs objectifs : démontrer que le développement du Sahara occidental profite à toute la sous-région, proposer une alternative économique aux jeunes sans espoir, et contrer l’influence des groupes armés qui profitent des crises sociales. Une stratégie qui s’inscrit dans une logique de soft power, où l’économie devient un levier de stabilisation.
L’Algérie mise sur les hydrocarbures pour reconquérir le Sahel
Après des années de tensions avec le Niger, Alger a opéré un rapprochement spectaculaire avec Niamey. Le projet phare ? La construction d’un tronçon du gazoduc transsaharien, une infrastructure de 4 800 km reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger. Ce gazoduc, qui alimentera l’Europe en gaz naturel, prévoit également la formation de techniciens nigériens par la Sonatrach, offrant ainsi une expertise locale durable.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large : utiliser les ressources énergétiques comme outil de diplomatie et de développement. Contrairement à d’autres acteurs, l’Algérie mise sur la formation des populations locales, un atout pour gagner leur confiance et contrer les discours anti-occidentaux qui alimentent les groupes djihadistes.
Deux visions qui s’affrontent malgré des intérêts communs
Ces deux approches, l’une économique via le Maroc et l’autre énergétique via l’Algérie, pourraient théoriquement se compléter pour stabiliser la région. Pourtant, leur rivalité persistante, notamment autour du conflit du Sahara occidental, limite leur coopération. Les discussions en cours à Madrid et Washington sur l’autonomie marocaine pourraient, si elles aboutissent, ouvrir la voie à une collaboration plus étroite. Une telle alliance permettrait de réduire l’influence des régimes de l’AES et de proposer une alternative crédible aux populations sahéliennes.
Pourtant, les tensions persistent. En 2025, le Premier ministre malien a accusé l’Algérie de « soutenir le terrorisme international », une affirmation rejetée par Alger, qualifiant ces propos de « logorrhée de soudard ». Ces échanges illustrent la méfiance persistante entre les acteurs régionaux, malgré des intérêts convergents.
Dans un Sahel en proie à la pauvreté et à l’instabilité, ces deux stratégies pourraient, si elles étaient unifiées, offrir une issue aux crises multiples qui frappent la région. Leur succès dépendra de leur capacité à dépasser leurs rivalités et à placer l’intérêt des populations au cœur de leurs actions.