28 avril 2026

Stratégie des États-Unis au Sahel : sécurité et commerce en question

Les États-Unis réorientent leur politique au Sahel : entre enjeux sécuritaires et opportunités commerciales

Dr Gnaka Lagoke, enseignant-chercheur à la Lincoln University en Pennsylvanie

La récente visite de Nick Checker, responsable des affaires africaines au département d’État américain, au Mali symbolise le retour stratégique de Washington dans le Sahel. Cette démarche s’accompagne d’un changement notable de cap : Washington privilégie désormais une approche combinant commerce, notamment l’exploitation des ressources minières, et sécurité, tout en adaptant sa présence militaire et son aide humanitaire.

Trois axes majeurs structurent cette nouvelle orientation :

  • Un virage commercial : les États-Unis ciblent particulièrement les minerais stratégiques, une ressource abondante dans la région et essentielle pour leur industrie.
  • Un recentrage sécuritaire : Washington réduit sa présence militaire permanente et mise sur des partenariats locaux pour renforcer la stabilité.
  • Un désengagement progressif de l’aide humanitaire : les fonds sont réalloués vers des initiatives économiques et sécuritaires ciblées, en phase avec les nouvelles priorités américaines.

Analyse avec le Dr Gnaka Lagoke : quels changements pour la politique américaine au Sahel ?

Une stratégie distincte sous l’administration Trump

DW : Dr. Gnaka Lagoke, Nick Checker a rencontré le ministre malien des Affaires étrangères ainsi que le colonel Assimi Goïta lors de sa visite à Bamako. Comment cette nouvelle administration redéfinit-elle la politique étrangère américaine dans le Sahel, et quels sont ses objectifs en Afrique de l’Ouest ?

Le coup d’État au Niger, qui a renversé le président Mohamed Bazoum, a révélé une divergence majeure avec la stratégie française. Contrairement à Paris, qui a cherché à mobiliser une coalition pour rétablir Bazoum, les États-Unis ont adopté une position plus nuancée. Ils ont évité une intervention militaire directe, une approche déjà initiée sous Joe Biden.

Dans un contexte géopolitique marqué par les tensions entre les États-Unis, la Russie et la Chine, l’administration américaine semble désormais prioriser deux domaines : la sécurité et l’économie. Le Sahel, riche en ressources naturelles, représente un enjeu stratégique pour Washington, qui cherche à sécuriser son approvisionnement en minerais essentiels.

Cette logique s’inscrit dans une tendance plus large : les États-Unis interviennent dans des régions clés comme le Venezuela, l’Iran ou encore la République démocratique du Congo pour garantir l’accès à des ressources vitales.

Pourquoi le Nigeria devient-il le partenaire privilégié des États-Unis au Sahel ?

DW : Après le retrait des bases militaires américaines du Niger, pourquoi Washington mise-t-il désormais sur le Nigeria comme allié principal en Afrique de l’Ouest ?

L’engagement américain au Nigeria s’inscrit dans une logique à double détente. D’une part, l’administration Trump a évoqué la nécessité de protéger les communautés chrétiennes du nord du pays, cibles présumées d’attaques islamistes. D’autre part, des analystes estiment que cette stratégie dissimule des intérêts économiques plus profonds, notamment l’accès au pétrole et à d’autres ressources nigérianes.

Cette approche reflète une continuité avec la politique américaine au Sahel : allier sécurité et opportunités commerciales. Il est probable que cette stratégie conduise à l’installation de nouvelles bases militaires dans la région, notamment dans des pays comme le Bénin ou la Côte d’Ivoire, où les troupes américaines se sont redéployées depuis le Niger.

Quels avantages pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ?

DW : Quels bénéfices les pays membres de l’AES — Mali, Burkina Faso et Niger — pourraient-ils tirer d’une collaboration avec les États-Unis sous Donald Trump ?

La réouverture du dialogue avec les États-Unis offre aux pays de l’AES une alternative bienvenue face à la marginalisation imposée par la France et l’Union européenne. Washington se positionne comme un partenaire privilégié, respectueux de la souveraineté de ces nations, un discours qui séduit les populations locales.

Dans le contexte des rivalités entre l’Occident et les BRICS, cette opportunité permet aux pays africains de diversifier leurs alliances. Les États-Unis, en misant sur une approche économique et sécuritaire, pourraient offrir des partenariats avantageux aux pays de l’AES, à condition que ces derniers sachent négocier habilement.

Cependant, des soupçons persistent quant à des réseaux impliquant la France, les États-Unis et d’autres acteurs, visant à déstabiliser les gouvernements du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Cette stratégie de double jeu sera-t-elle confirmée par les faits ? Seul l’avenir nous le dira.

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