31 mai 2026

Africa Solidaire

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Torture en Centrafrique : dénoncer les bourreaux, un combat mortel face à Wagner

En Centrafrique, la torture sous l’ère Wagner et des forces de l’ordre reste impunie

Chaque année, à l’occasion de la Journée des victimes de torture, le silence des Centrafricains résonne comme un cri étouffé. Dénoncer les bourreaux, qu’ils soient mercenaires de Wagner, soldats des FACA ou gendarmes, revient à signer son arrêt de mort. Dans ce pays où l’impunité règne, les victimes, privées de justice, crient dans le vide tandis que leurs tortionnaires affichent leurs crimes comme des trophées.

À Bangui comme dans les provinces, les exactions perpétrées par ces groupes armés et forces de l’ordre se multiplient. Les preuves, souvent filmées ou photographiées, sont systématiquement rejetées par les autorités, qui les qualifient de « montages ». Les victimes, quant à elles, sont accusées d’être des « ennemis de la Centrafrique », un prétexte pour justifier leur répression. Dans ce climat de terreur, dénoncer les abus expose à la prison, à l’exil, voire à la disparition.

Bangui : Yarkokpa, l’officier qui instrumentalise la loi

Le commandant Môn Gervais Simplice Yarkokpa, officier de la garde présidentielle, incarne cette alliance entre criminalité et pouvoir. En début d’année 2025, il a agressé le policier Ouadole Freddy, menotté et battu à coups de machette à l’aéroport de Bangui-Mpoko, simplement parce que ce dernier avait dénoncé ses trafics de drogue. En août 2023, il a orchestré l’arrestation arbitraire de deux soldats, Dongomalé Dieubeni (surnommé Fort Papy) et Selekoy Tanguy, avant de les faire radier grâce à ses connexions politiques, notamment avec le ministre de la Défense, Claude Rameau Bireau.

Plus récemment, Yarkokpa s’en est pris à Jefté Ngaïndiro, un jeune du quartier Combattant. Accusé à tort de vol, il a été enlevé, torturé et dépouillé de ses biens avant d’être relâché sans recours. Son cas illustre le sort réservé à quiconque ose défier l’impunité des forces de l’ordre en République centrafricaine.

Zémio : la répression silencieuse dans le Haut-Mbomou

Dans la ville de Zémio, au sud-est du pays, la terreur orchestrée par les FACA et les mercenaires de Wagner prend une autre forme. Tisso René, conseiller municipal et professeur d’histoire-géographie, a été enlevé le 15 mai 2025 par des gendarmes et des soldats avant d’être remis aux mercenaires. Depuis, il a disparu, probablement victime d’une exécution extrajudiciaire.

Lorsqu’un de ses fils, Narcisse (surnommé Nara), a tenté de dénoncer l’enlèvement sur les ondes, les gendarmes ont traqué le témoin, un commerçant local. Prévenu à temps, Nara a fui dans la brousse. Cependant, le 22 mai 2025, un autre fils de Tisso René, Tisso Grâce, revenu de République démocratique du Congo, a été capturé. Accusé à tort d’avoir parlé à la radio, il a été torturé « presque à mort » et lutte aujourd’hui pour sa survie. Cette stratégie vise à étouffer toute velléité de résistance face à l’oppression.

Une justice sous contrôle : l’État complice des bourreaux

À Bangui, les tribunaux regorgent de plaintes contre Wagner et les FACA, mais aucune n’aboutit. Un greffier avoue, sous couvert d’anonymat : « On ne peut pas traiter ces dossiers. Ils sont classés confidentiels. » Cette réalité brutale montre que le gouvernement protège ceux qu’il a lui-même invités dans le pays. Les vidéos de tortures, comme celle diffusée par Wagner en février 2025 dans la région d’Ippy, où un jeune Centrafricain est battu à mort, sont systématiquement qualifiées de « montages » par les autorités.

En 2024, Wagner a même décapité deux Centrafricains, filmant leurs corps mutilés sans que Bangui ne réagisse. Ces actes, filmés et diffusés, ne suscitent aucune enquête. Pire, les victimes qui osent porter plainte sont elles-mêmes poursuivies pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

Yarkokpa : l’architecte d’un réseau criminel

Le commandant Yarkokpa n’est pas un simple tortionnaire : il est le cerveau d’un empire criminel florissant. Ancien milicien anti-balaka, il a été intégré à la gendarmerie malgré ses lacunes, comme l’incapacité à écrire son propre nom. Ses activités illicites incluent le trafic de tramadol en provenance de Zongo, la vente d’alcool frelaté et la falsification de billets. En juin 2024, il a dérobé 800 millions de FCFA en or et diamants à deux négociants franco-algériens lors d’une perquisition frauduleuse.

Ses victimes, comme l’adjudant Kparambéti (surnommé Ozaguin), emprisonné pour avoir dénoncé ses trafics, n’ont aucune chance face à son réseau protégé. Les plaintes déposées contre lui disparaissent systématiquement dans les bureaux des autorités.

Un peuple sous l’emprise de la peur

En République centrafricaine, dénoncer la torture est un acte de désespoir. Les victimes, qu’il s’agisse de Jefté Ngaïndiro, Ouadole Freddy, Tisso Grâce ou Tisso René, restent sans recours. Leurs cris sont étouffés par la terreur, l’indifférence et la complicité des institutions. Dans ce pays où la justice est un mirage, une question persiste : qui osera encore parler pour les suppliciés ?

Pour l’instant, personne. Et chaque jour qui passe, l’empire criminel de Wagner, des FACA et des forces de l’ordre gagne en puissance, enfonçant un peu plus la Centrafrique dans l’horreur.

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