2 juin 2026

Africa Solidaire

Actualités et analyses sur l'Afrique subsaharienne, avec un regard solidaire sur les enjeux du continent.

Espace civique au Burkina Faso : la junte militaire serrent l’étau

Au Burkina Faso, l’espace civique se réduit comme peau de chagrin sous le régime militaire. Entre arrestations arbitraires et suspensions de syndicats, les défenseurs des droits humains tirent la sonnette d’alarme. Retour sur une semaine où les libertés fondamentales ont été lourdement mises à mal.

Des partisans de l'AES brandissent un drapeau du Burkina Faso fait maison (archive de janvier 2024)

L’imam Kindo, symbole d’une répression ciblée

Quelques jours avant la fête de la Tabaski, l’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure religieuse influente au Burkina Faso, a été arrêté à son domicile par des hommes encagoulés. Son profil, souvent critique envers les décisions publiques, notamment sur un projet de loi encadrant les pratiques religieuses, en fait une cible privilégiée de la junte.

« L’imam Kindo n’était pas qu’une simple personnalité religieuse. Il a été l’un des premiers soutiens d’Ibrahim Traoré, tout en conservant un esprit critique acéré vis-à-vis des choix gouvernementaux. »

Son arrestation a provoqué une vague de protestations, avec des heurts et des dizaines d’arrestations. La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), dont il était membre, a tenté de calmer les esprits, mais une désinformation massive a accompagné ces événements : faux communiqués annonçant sa mort, vidéos truquées circulant sur les réseaux sociaux.

Des accusations qui divisent

Certains observateurs évoquent un rapprochement avec l’imam Mahmoud Dicko au Mali, mais les spécialistes locaux contestent cette comparaison. L’imam Kindo se distinguait par son engagement citoyen et son rôle de veilleur sur le dogme islamique au sein de la FAIB.

L’UGEB dans le collimateur : un syndicat muselé

Autre victime de cette répression : l’Union générale des étudiants du Burkina Faso (UGEB), suspendue pour trois mois renouvelables. Son président, Bazo Wilfried, et plusieurs membres ont été interpellés sous des accusations d’« apologie du terrorisme » et de « démoralisation des forces de sécurité ».

Le syndicat avait osé dénoncer la « guerre civile » et l’« incapacité manifeste » des autorités à garantir la sécurité. Une réponse qui illustre la stratégie régionale des juntes militaires : museler toute opposition sous couvert de lutte antiterroriste.

« Accuser des étudiants désarmés d’apologie du terrorisme est absurde. Pourtant, c’est devenu monnaie courante au Sahel. Dès qu’une voix s’élève contre les régimes, elle est immédiatement étouffée sous des accusations infondées. » — Mahamadou Idder Alghabid, secrétaire général adjoint de l’Alliance des démocrates du Sahel (ADS)

Une tendance régionale inquiétante

Le Burkina Faso n’est pas le seul pays concerné. Au Mali et au Niger, les libertés publiques subissent le même sort : dissolution d’associations, pressions judiciaires, restrictions de la liberté d’expression. L’ADS pointe une évolution alarmante : la frontière entre critique politique, activité syndicale et infraction pénale s’efface progressivement.

Malgré les risques – arrestations, enlèvements, violences –, la contestation persiste, souvent depuis l’étranger. Les régimes militaires, bien qu’affichant une façade de stabilité, voient leur légitimité s’effriter chaque jour.

La résistance s’organise

Mahamadou Idder Alghabid reste optimiste : « Les juntes ont surfé sur des promesses de souveraineté et de lutte contre l’impérialisme, mais aujourd’hui, les Sahéliens voient clair. Ces régimes ne tiennent pas leurs engagements. Les populations se détournent d’eux, et c’est une question de temps avant leur chute. »

Newton Ahmed Barry, journaliste burkinabè en exil, partage cette analyse : « Les excès des juntes sont leur point faible. Plus elles répriment, plus elles perdent le soutien de la population. Les Burkinabè ne plieront pas. La société civile réagira, et elle le fera avec force. »

Appel à une mobilisation internationale

Les organisations de défense des droits humains exhortent la communauté internationale à ne pas rester silencieuse. « Il est crucial de soutenir les espaces d’expression et les initiatives civiles pacifiques. Les partenaires du Burkina Faso ne doivent pas légitimer les dérives autoritaires par leur silence ou leur ambiguïté. »

La question de la légitimité des pouvoirs militaires reste entière. Les atteintes aux libertés fondamentales ne peuvent devenir la norme. Il est temps de briser le silence et de dénoncer sans équivoque ces pratiques inacceptables.

Niger Niamey 2024 | Lors du premier sommet des dirigeants de l'AES : Assimi Goïta, Abdourahamane Tiani, Ibrahim Traoré côte-à-côte (archive de juillet 2024)
Copyright © All rights reserved. | Newsphere par AF themes