31 mai 2026

Africa Solidaire

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Le défi de la souveraineté au Mali : nouveaux partenaires et limites de la stabilisation

Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, le Mali a opéré une mutation politique et stratégique profonde sous la direction d’Assimi Goïta. En adoptant une posture souverainiste, le régime s’est éloigné de ses alliés occidentaux traditionnels pour se tourner vers de nouveaux partenaires, tels que la Russie et les Émirats arabes unis. Cette volonté de reconquérir une autonomie nationale met toutefois en lumière les fragilités des alliances purement transactionnelles dans un État en crise. Malgré une diversification des soutiens, l’insécurité persiste, l’économie stagne et la gouvernance s’affaiblit, tandis que le pays se retrouve pris au piège des rivalités mondiales.

Le leadership d’Assimi Goïta se définit par un discours prônant l’indépendance nationale et le rejet des ingérences extérieures, une rhétorique qui a trouvé un écho favorable au sein d’une population éprouvée par des années d’instabilité et par le sentiment d’une domination étrangère, notamment française. En rompant avec ses anciens alliés et en expulsant la MINUSMA, le Mali a cherché à reprendre le contrôle total de ses décisions stratégiques.

Cette approche est celle d’un post-alignement souverainiste transactionnel : Bamako ne s’enferme pas dans un bloc rigide mais utilise la concurrence entre acteurs étatiques et non-étatiques pour garantir la survie du régime et obtenir des ressources matérielles. Cependant, cette stratégie peine à se traduire par des avancées concrètes. Les élections ont été reportées à plusieurs reprises, et en mai 2025, le gouvernement a franchi une étape supplémentaire en dissolvant les partis politiques pour des raisons d’ordre public.

Un développement économique au point mort

Sur le plan social, le régime n’a pas encore réussi à assurer les services essentiels comme la justice ou les infrastructures, particulièrement dans les zones rurales délaissées au profit des centres urbains. Le Mali se classe toujours au 188ème rang mondial selon l’Indice de développement humain de l’ONU, illustrant des défis majeurs en matière de santé et d’éducation. Si les autorités de transition avaient promis de lutter contre la corruption, les signes d’enrichissement des élites deviennent de plus en plus apparents, creusant le fossé avec les citoyens ordinaires.

Menaces sécuritaires et influence des puissances étrangères

L’environnement sécuritaire continue de se dégrader, favorisant l’expansion de groupes armés tels que le JNIM et l’EIGS, qui exploitent le mécontentement local pour recruter des jeunes. La Russie occupe désormais une place centrale dans l’architecture de défense malienne. Après le départ des troupes françaises, le groupe Wagner a fourni un appui tactique, notamment lors de la reprise de Kidal en 2023, avant d’être remplacé en 2025 par l’Africa Corps, une force sous le contrôle direct du ministère russe de la Défense.

Toutefois, cet alignement n’est pas exclusif. Bamako fait preuve de flexibilité, comme en témoignent les discussions avec les États-Unis pour la reprise de vols de reconnaissance. Parallèlement, le Mali devient un terrain d’affrontement indirect pour des conflits lointains : l’implication de l’Ukraine via le soutien technologique aux rebelles du nord a conduit à une rupture diplomatique entre Bamako et Kyiv en 2024. D’autres acteurs, comme les Émirats arabes unis, cherchent également à étendre leur influence dans le Sahel, souvent en contradiction avec leurs positions officielles sur les changements de régime militaires.

Les limites de la stabilisation

La stratégie malienne, bien qu’elle offre une certaine résilience au régime à court terme, expose le pays à des chocs externes et à une dépendance accrue envers de nouveaux protecteurs. Les tensions au Moyen-Orient et la guerre en Ukraine impactent directement l’économie malienne par la hausse des prix des denrées de base et du carburant. De plus, l’engagement prolongé de la Russie sur d’autres fronts pourrait limiter la pérennité de son soutien militaire au Sahel.

Quelles perspectives pour le Mali ?

Les problèmes structurels du Mali — pauvreté, insécurité chronique et expansion des groupes terroristes — restent ancrés. Sans une transformation politique et sociale profonde visant à restaurer la confiance entre l’État et la population, l’instabilité risque de s’intensifier et de déborder sur les pays voisins, notamment vers le golfe de Guinée. L’avenir du pays dépendra de sa capacité à transformer sa quête de souveraineté en une véritable stabilité durable pour ses citoyens.

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