Trêve politique au Sénégal : l’urgence économique malmenée par les divisions
Le Sénégal à l’épreuve du temps : croissance en berne et espoirs déçus
Depuis l’avènement du nouveau gouvernement, les citoyens sénégalais avaient placé leur confiance dans un renouveau économique après des années de tensions politiques ayant marqué la période préélectorale d’avril 2024. Le lancement de l’Agenda Sénégal 2050 en octobre 2024, puis du Plan de redressement économique et social (PRES) en août 2025, avait renforcé cette attente, promettant un développement socio-économique au cœur des priorités nationales.
Pourtant, près de deux ans et demi plus tard, cet optimisme s’estompe progressivement. Le débat public semble désormais dominé par les querelles partisanes, reléguant les enjeux économiques au second plan. Les divisions au sommet de l’État, entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, ont souvent été pointées du doigt comme freins majeurs à l’exécution des réformes. Malgré le départ de ce dernier, la dynamique de relance tarde à se concrétiser. Comme le souligne un adage bien connu, « briser le thermomètre ne fait pas baisser la fièvre ».
L’économie sénégalaise, autrefois locomotive de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), peine à retrouver son élan. Les statistiques de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), publiées en juin 2026, révèlent un net ralentissement : avec une croissance du PIB réel de seulement 4,7 % au premier trimestre 2026, le Sénégal se classe parmi les économies les moins performantes de l’Union. Ce chiffre contraste fortement avec les performances de 2025, où le pays affichait une croissance de 7,8 %. Pire encore, la contraction des investissements directs étrangers, passés de 3,319 milliards de dollars en 2024 à seulement 37 millions en 2025, illustre l’ampleur des défis économiques actuels.
Une polarisation politique qui étouffe l’économie
La vie politique sénégalaise est désormais marquée par une polarisation accrue, avec des partis déjà en campagne pour les élections de 2029. Le camp présidentiel renforce son assise avec la création du parti Kiiraye, tandis que le PASTEF s’organise pour préserver son influence. Cette dynamique, bien que légitime en période électorale, risque de laisser peu de place aux réformes économiques structurelles.
Les priorités nationales semblent ainsi reléguées au second plan. Pourtant, une trêve politique pourrait permettre de replacer l’économie au cœur des débats. Pendant que le Sénégal s’enlise dans ces divisions, d’autres pays de l’UEMOA, comme le Bénin (6,4 %), la Côte d’Ivoire (6,4 %) ou le Niger (6,1 %), affichent des croissances bien supérieures. Le Sénégal, autrefois leader économique régional, voit sa crédibilité s’éroder sur la scène internationale.
Trois leviers pour relancer l’économie sénégalaise
Face à cette situation, des actions concrètes et mesurables s’imposent pour inverser la tendance et redonner au Sénégal son statut de moteur économique en Afrique de l’Ouest. Trois axes majeurs doivent être privilégiés :
1. Restaurer la confiance des partenaires financiers
La conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) serait une étape clé. Au-delà des ressources mobilisables, un tel accord enverrait un signal fort aux marchés et aux investisseurs, attestant de la crédibilité de la trajectoire économique sénégalaise. Le pays peine aujourd’hui à accéder aux financements internationaux dans des conditions avantageuses, en raison d’une perception du risque jugée trop élevée. Une stratégie de nation branding, visant à promouvoir les atouts du Sénégal et à séduire les investisseurs, deviendrait alors indispensable.
2. Faire du secteur privé le moteur de la croissance
Pour dynamiser l’économie, il est essentiel de faciliter l’accès au financement pour les entreprises locales, de simplifier les procédures administratives et d’améliorer l’environnement des affaires. Les partenariats public-privé doivent être renforcés, en ciblant prioritairement les secteurs porteurs : infrastructures, énergie, agriculture, industrie, numérique, transports et logistique. Ces domaines, s’ils sont correctement exploités, pourraient entraîner l’ensemble de l’économie et créer des emplois durables.
3. Rationaliser les dépenses publiques
Dans un contexte où les marges de manœuvre budgétaires sont limitées, une gestion rigoureuse des ressources devient cruciale. Le PRES avait promis une réduction du train de vie de l’État, mais les retards dans la fusion des agences et structures d’accompagnement sont préoccupants. Chaque jour compte, et l’urgence exige des décisions rapides pour optimiser les dépenses et libérer des fonds destinés à des investissements productifs.
Les trois années restantes avant les prochaines élections présidentielles doivent être mises à profit pour poser les bases d’une transformation économique durable. L’ambition affichée de bâtir une nation souveraine, juste et prospère ne pourra se concrétiser sans une mobilisation collective et une priorité absolue accordée à l’économie.
Dr Abdou Diaw
CEO & Fondateur du magazine économique et financier Le Marché